Rencontre avec Arno B Ink, l'artiste derrière les visuels du festival

Rencontre avec Arno B Ink, l'artiste derrière les visuels du festival

INFORMATIONS GÉNÉRALES

5/25/2026

Arno, ça fait combien d'éditions que tu travailles avec nous ?
La toute première fois qu'on a bossé ensemble, c'était pour le logo de l'association, à la création. Ensuite il y a eu le monstre blanc pour la 4ᵉ édition (qui a été repris en bannière sur le festival), puis les serpents (5e), le bélier (6e), et cette année la chauve-souris.

Comment cette collaboration a démarré ?

À la base, c'était une histoire d'amitié. Maxime était sur ma chaise, on était en train de tatouer son bras, on parlait du Hellfest… et il m'a parlé d'un festival qu'il montait avec ses copains, qu'il voulait faire grandir. Il m'a demandé de bosser sur un logo, ça m'a plu, et de fil en aiguille on a fait l'affiche, puis l'affiche d'après, puis celle d'après. Et honnêtement, c'est cool. Si tu laisses les gens un peu trop libres, ils te sortent un truc en intelligence artificielle — autant que ce soit fait par quelqu'un qui aime ça.

Comment tu abordes la création d'un nouveau visuel chaque année ?

Pour cette 7e édition, on avait discuté de la mort d'Ozzy Osbourne et de tout ce qui tourne autour. C'est de là qu'est née l’idée de la chauve-souris. Au-delà du sujet, ce qui compte pour moi dans la construction de l'affiche, c'est de laisser de la place au visuel. Comme ce que font le Wacken, le Summer Breeze, … : on ne met pas que les artistes en avant, on laisse respirer l'image. C'est ce qui crée une identité d'année en année. Et depuis deux ans on s'amuse aussi à jouer avec des codes couleurs — avec une petite surprise pour cette édition, mais je vous laisse découvrir.

Une affiche dont tu es particulièrement fier ?

Le tout premier visage, parce que vous l'avez aussi repris en bannière sur le festival, ça m'a fait plaisir. Les serpents, j'avais adoré dessiner l'affiche en elle-même — on en garde un souvenir un peu particulier au niveau de la mise en page finale, mais le dessin reste un de mes préférés.

Le parcours

Tu as plus de 17 années de tatouage derrière toi. Comment es-tu arrivé là ?

Par accident de parcours, littéralement. J'ai fait un tatouage souvenir lors d'un voyage à l'étranger, et il s'est très mal passé. Tellement moche que je me suis dit : « si ce mec arrive à vivre de ça, je peux en faire autant ». En rentrant en France, j'ai commencé à m'intéresser sérieusement au métier. À l'époque, il y a 17 ans, on n'apprenait pas avec trois tutos YouTube. Il fallait savoir dessiner et décrocher un apprentissage en shop pour apprendre le métier. Donc j'ai bossé le dessin, vraiment pour le tatouage, parce que tu ne peux pas faire la Joconde sans avoir le bagage technique.

Tu as fait quoi ensuite ?

J'ai passé 7 ans dans un shop très orienté réalisme, à reproduire des photos et faire des montages photoshop. Beaucoup de gens pensent que le réalisme c'est dur — en vrai, c'est surtout une question de temps. Plus tu prends de temps, mieux c'est. C'est une technique.

Et le glissement vers le dark art et le freehand ?

J’ai glisser naturellement vers le dark art. J'ai toujours adoré le visuel des films d'horreur et de science-fiction, donc c'est arrivé tout seul. Le freehand, c'est plus un choix. C'est une niche, c'est plus contraignant, mais quand le client repart, il a une pièce unique. C'est ce qui me plaît.

Tu peux expliquer ce qu'est le freehand pour ceux qui ne connaissent pas ?

C'est un tatouage dessiné directement sur la peau, sans stencil — sans le calque qu'on applique habituellement avant de tatouer. Concrètement, ça veut dire qu'on travaille en direct avec le client. Quelqu'un me dit « j'aimerais un crâne, mais pas un crâne banal qu'on trouve sur Pinterest ». Là je peux travailler sur les details et les choix artistiques : on met des yeux, on met des dents pointues, on adapte à sa morphologie, à son univers. Je travaille les ombres de façon réaliste, avec des points de projection de lumière, mais le sujet en lui-même est complètement surréaliste — on peut mettre un crâne dans un crâne dans un crâne, il n'y a plus de limite. Personnellement je suis très orienté dents, tentacules, yeux, crânes. Très lovecraftien, même si je connais peu l'œuvre de Lovecraft.

Métal et tatouage

Est-ce que la musique influence ton travail ?

Évidemment. J'écoute du métal en permanence, avec mes clients ou tout seul, et quand on n'écoute pas, on regarde des lives pendant qu'on tatoue. Et puis j'étais musicien avant le tatouage — c'est même grâce à la musique que j'ai eu mes premiers clients. L'univers métal, la mort, les têtes de mort, le côté dark : tout ça est connecté, c'est le même monde.

Conventions et concours

Tu tournes énormément à l'international.

Thaïlande, Chine, États-Unis, Porto Rico, Canada, Australie, Allemagne, Suisse… j'ai eu la chance d'aller un peu partout. Côté distinctions, j'ai décroché plusieurs Best of Show — un en Floride l'année dernière, un autre à Mons en Belgique. J'ai pu faire la Gods of ink en Allemagne, qui est la convention qu'il faut faire en Europe, et j'ai été invité comme Jury dans plusieurs grosses conventions (Mons, Rouen, Bangkok, Taichung...)

Qu'est-ce que ça t'apporte concrètement ?

Pour quelqu'un qui n'est pas du milieu, pas grand-chose. Mais pour moi, ça nourrit ma curiosité. Quand tu te retrouves à l'autre bout du monde et que tu vois un jeune artiste sortir un truc qui te fait dire « waouh, comment il fait ça ? », c'est une claque et ça booste la créativité. Si tu restes bloqué dans ton shop, dans ta rue, tu passes à côté de tout (mais ce n’est que mon point de vue). Là par exemple, c'est l'année du cheval en Chine, et tous mes potes asiatiques sortent des visuels de chevaux retravaillés en fantasy, en dark, chacun à sa sauce. Tu mets ça dans tes bagages, tu rentres, et tu en fais profiter tes clients. Ça donne un côté unique à chaque pièce.

Inspirations

Quels univers nourrissent ton imaginaire ?

H.R. Giger, le papa d'Alien, pour tout le bio-mécanique et le bio-organique : énorme influence. Lovecraft, sans bien le connaître, mais plus je creuse plus je me retrouve dedans. Les films d'horreur, les créatures, les zombies — même quand le film est mauvais, s'il y a un bon make-up ou des effets spéciaux qui claquent, je me dis « tiens, ça pourrait devenir un tatouage ».

Et puis la nature, beaucoup. J'aime bien me promener dans les jardins botaniques, en foret, regarder les racines entremêlées des vieux arbres : tentacules, racines, tout ce monde organique vient de là. Et même en forêt, voir comment les vers travaillent un cadavre de souris, ça donne des idées. Ce n’est pas glamour mais c'est honnête.

La suite

Tes projets pour la suite ?

Continuer le merch — j'ai des prints, des t-shirts, des objets dérivés. J'aimerais peindre davantage, et peut-être faire des prints de mes peintures. D'ailleurs la prochaine affiche du festival sera peut-être une vraie peinture plutôt qu'un dessin tablette… mais ça prendra plus de temps, et niveau finances, vous n'êtes pas prêts (rires).

Côté plus long terme, je travaille sur mon visa d'artiste pour les États-Unis pour pouvoir m'exporter un peu là-bas. C'est compliqué à obtenir, il faut prouver qu'on est un vrai artiste, donc je multiplie les conventions, les jurys, les prix. C'est aussi bon pour l'ego de se rappeler d'où on est parti — autodidacte, parti de rien — sans jamais oublier qu'il y a toujours plus fort que toi et qu'un gamin avec deux ans de tatouage peut débarquer et te bluffer. C'est ça qui est bien : tu apprends tout le temps.

Un mot pour les festivaliers de cette 7ᵉ édition ?

Profitez-en ! Je ne serai malheureusement pas là cette année — d'habitude je tatoue sur place, exceptionnellement ça ne sera pas le cas. Mais quelqu'un sera là pour ceux qui veulent une connerie sur la peau (rires — ne faites pas ça, ça fait mal). C'est un plaisir de bosser avec des gens qui sont devenus des potes au fil des éditions. Je vous souhaite un super festival, et bravo à toute l'équipe.